
04/03/2010 - 09:39
Comment est né ce projet ?
Au départ, Valérie Manns [co-auteur du documentaire, ndlr], souhaitait réaliser une fiction mettant en lumière ces trois jours et demi de joutes qui ont marqué l’histoire parlementaire française. Mais il nous est très vite apparu que la réalité des débats serait plus forte qu’une reconstitution. Lorsque nous avons découvert que l’intégralité des échanges verbaux était conservée dans un stock d’archives sonores, nous étions convaincus que nous disposions de la matière nécessaire pour construire un film passionnant.
Au-delà des débats autour de la question du l’Interruption Volontaire de Grossesse (IVG), ce sont tous les enjeux de la société française de l’époque qui transparaissent dans ce documentaire : le combat des femmes, évidemment ; mais aussi la confrontation de deux générations qui ne se comprennent pas. Celles d’avant et d’après 1968. Ce film, c’est un peu l’histoire de la fin d’une certaine France : la France catholique et traditionnelle, qui est surreprésentée dans l’Assemblée nationale de 1974.
La loi sur l’IVG serait-elle passée sans la force de conviction de Simone Veil ?
Difficile de réécrire l’histoire. Mais on peut noter que moins d’un an auparavant, un débat du même type avait eu lieu à l’Assemblée nationale, alors que Georges Pompidou était encore président. Porté par le Garde des sceaux, il avait été enterré par les députés. Avec l’élection de Valéry Giscard d’Estaing [en mai 1974, ndlr], le contexte politique est différent car le nouveau Président de la république appelle clairement de ses vœux un débat sur la question. La logique aurait voulu que Jean Lecanuet [alors ministre de la Justice, ndlr] s’empare du dossier. Mais en bon chrétien, il n’aurait certainement pas soutenu ce combat avec autant de force. Pour défendre cette cause, il fallait évidemment une femme, quelqu’un qui ait vécu ce problème de l’IVG. Françoise Giroud, ministre de la Condition féminine, aurait pu être choisie, mais en tant que une figure de proue du féminisme, elle aurait certainement été la cible d’attaques encore plus grossières et caricaturales que Simone Veil. Inconnue du grand public, Simone Veil a eu l’intelligence de ne pas attaquer billes en tête en défendant la cause des femmes. Elle a simplement argumenté en soulignant qu’il fallait remédier à un problème d’ordre public et de santé publique. Tactiquement, c’était extrêmement bien vu. Cela a sûrement joué.
Vous qui l’avez rencontré, avez-vous le sentiment que Simone Veil tire une fierté particulière à être devenue une héroïne pour des générations de femmes ?
Je ne pense pas. Simone Veil n’a pas ce genre de fierté. Je la vois plutôt en éternelle combattante. Elle tient sûrement ce tempérament de sa survie de camps de concentration. Tant qu’il reste des combats à mener, elle continuera la lutte. Elle est d’ailleurs toujours engagée pour la défense du droit des femmes et la mémoire de la Shoa. Cette femme est d’une intégrité morale rare et ne transige jamais avec les choses essentielles. C’est aussi pour cela qu’elle ne fanfaronne pas depuis qu’elle a fait adopter cette loi.
En savoir plus sur le documentaire Simone Veil, une loi au nom des femmes.
Richard Puech : « Simone Veil est une éternelle combattante »
Trois questions à l’auteur du documentaire Simone Veil, une loi au nom des femmes, diffusé sur France 3.
Comment est né ce projet ?
Au départ, Valérie Manns [co-auteur du documentaire, ndlr], souhaitait réaliser une fiction mettant en lumière ces trois jours et demi de joutes qui ont marqué l’histoire parlementaire française. Mais il nous est très vite apparu que la réalité des débats serait plus forte qu’une reconstitution. Lorsque nous avons découvert que l’intégralité des échanges verbaux était conservée dans un stock d’archives sonores, nous étions convaincus que nous disposions de la matière nécessaire pour construire un film passionnant.
Au-delà des débats autour de la question du l’Interruption Volontaire de Grossesse (IVG), ce sont tous les enjeux de la société française de l’époque qui transparaissent dans ce documentaire : le combat des femmes, évidemment ; mais aussi la confrontation de deux générations qui ne se comprennent pas. Celles d’avant et d’après 1968. Ce film, c’est un peu l’histoire de la fin d’une certaine France : la France catholique et traditionnelle, qui est surreprésentée dans l’Assemblée nationale de 1974.
La loi sur l’IVG serait-elle passée sans la force de conviction de Simone Veil ?
Difficile de réécrire l’histoire. Mais on peut noter que moins d’un an auparavant, un débat du même type avait eu lieu à l’Assemblée nationale, alors que Georges Pompidou était encore président. Porté par le Garde des sceaux, il avait été enterré par les députés. Avec l’élection de Valéry Giscard d’Estaing [en mai 1974, ndlr], le contexte politique est différent car le nouveau Président de la république appelle clairement de ses vœux un débat sur la question. La logique aurait voulu que Jean Lecanuet [alors ministre de la Justice, ndlr] s’empare du dossier. Mais en bon chrétien, il n’aurait certainement pas soutenu ce combat avec autant de force. Pour défendre cette cause, il fallait évidemment une femme, quelqu’un qui ait vécu ce problème de l’IVG. Françoise Giroud, ministre de la Condition féminine, aurait pu être choisie, mais en tant que une figure de proue du féminisme, elle aurait certainement été la cible d’attaques encore plus grossières et caricaturales que Simone Veil. Inconnue du grand public, Simone Veil a eu l’intelligence de ne pas attaquer billes en tête en défendant la cause des femmes. Elle a simplement argumenté en soulignant qu’il fallait remédier à un problème d’ordre public et de santé publique. Tactiquement, c’était extrêmement bien vu. Cela a sûrement joué.
Vous qui l’avez rencontré, avez-vous le sentiment que Simone Veil tire une fierté particulière à être devenue une héroïne pour des générations de femmes ?
Je ne pense pas. Simone Veil n’a pas ce genre de fierté. Je la vois plutôt en éternelle combattante. Elle tient sûrement ce tempérament de sa survie de camps de concentration. Tant qu’il reste des combats à mener, elle continuera la lutte. Elle est d’ailleurs toujours engagée pour la défense du droit des femmes et la mémoire de la Shoa. Cette femme est d’une intégrité morale rare et ne transige jamais avec les choses essentielles. C’est aussi pour cela qu’elle ne fanfaronne pas depuis qu’elle a fait adopter cette loi.
En savoir plus sur le documentaire Simone Veil, une loi au nom des femmes.
Recueilli par J. B.
Ajouter un commentaire
|
|
|
Vous devez activer javascript pour afficher les commentaires.

