La rafle : un film pour la mémoire
09/03/2010 - 10:58

La rafle : un film pour la mémoire

Rose Bosch, la réalisatrice du film La rafle à l’affiche demain, s’est documentée pendant quatre ans. Elle a voulu réaliser un film en mémoire des enfants.


Avec ce film à qui vouliez-vous rendre justice ?

Aux enfants ! Victimes absolues, victimes les plus scandaleuses car les plus innocentes et les plus fragiles de l’humanité. Je voulais aussi que les enfants d’aujourd’hui et de demain aient connaissance de cette barbarie et jamais ne reproduisent l’horreur. J’ai voulu réaliser un film pour la mémoire. Je ne suis pas juive mais c’est vrai j’ai des enfants dont le père est juif. Je trouvais aussi injuste que la France, pays des Lumières et des droits de l’homme mais aussi collaborationniste, que la France dans sa grande diversité et liberté culturelle et intellectuelle n’ait pas un film retraçant cette page de son histoire. J’ai donc travaillé en ethnologue, en me documentant énormément. J’ai lu beaucoup de témoignages des 25 rescapés, compulsés des tas de billets que parents et enfants ont fait passer par les policiers et infirmières au Vel d’hiv’ et dans les camps français. Je voulais être au plus près de la vie des gens. Et montrer le crime dans toute sa vérité, ne pas me contenter de l’évoquer par bonne conscience.

La liste de Schindler vous a inspiré ?

Deux films réalisés par deux maîtres m’ont inspiré en toute humilité. La liste de Schindler de Steven Spielberg et Le pianiste de Roman Polanski. Je me suis dit que Polalnski l’avait fait pour la Pologne, que moi je devais le faire pour la France.

Pourquoi avoir réaliser des scènes où l’on voit les tractations politiques entre les nazis et les responsables du gouvernement de Vichy, mais aussi Pétain et Hitler ?

Puisque je montrais le crime, je voulais montrer les criminels. Tous ! Pas uniquement les petits policiers qui n’avaient pas forcément connaissance de l’issue d’une telle démarche. Je voulais montrer les responsables politiques qui, à mon avis, ont peu payé pour leurs décisions. Et si je montrais tous ceux-ci, je me devais de montrer l’instigateur de cette extermination, Hitler…

Comment avez-vous travaillé avec les nombreux enfants comédiens et figurants de votre film ?

J’avais une grosse responsabilité morale en traitant ce sujet. Mais la plus grande était sans doute de préserver les petits comédiens que j’embarquais dans cette aventure. Pour les plus grands, j’ai demandé aux parents de leur raconter ce qu’ils voulaient leur expliquer de la guerre, la déportation. Avec leurs mots, ils sont allés jusqu’où ils leur semblaient bon dans l’explication. Je n’ai évoqué auprès des enfants que leur rôle à l’intérieur de chaque scène. Pour les plus petits, j’ai demandé à ce qu’on préserve au mieux leur innocence et j’ai pris le parti de ne rien expliquer. Je souhaite qu’ils attendent encore quelques années avant d’avoir connaissance de la Shoah. En fait, nous avons beaucoup «jouer à être». Et hors tournage, à Budapest, nous avons organisé beaucoup de jeux entre parents, enfants, éducateurs, techniciens. J’ai été rassurée quand un des petits interprètes de Nono (le même personnage est joué par des jumeaux) m’a dit : « Tu te trompes. Il n’ait pas arrivé ça à Nono juste avant… » J’ai su qu’il faisait bien la différence entre lui et son personnage.

 
IB

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